Presque toutes les entreprises que je rencontre ont une sauvegarde. Un disque externe branché derrière l'écran, un dossier qui se synchronise quelque part, une case cochée il y a trois ans. Et presque personne ne sait si elle fonctionne encore.
Le problème n'est pas l'absence de sauvegarde. C'est qu'une sauvegarde qui s'arrête ne prévient pas. Elle échoue en silence, souvent pendant des mois, et le jour où on en a besoin, on découvre qu'elle s'est arrêtée en février.
Pourquoi une sauvegarde jamais testée n'en est pas une
Tant que vous n'avez pas remis des fichiers en place depuis votre sauvegarde, vous n'avez pas une sauvegarde : vous avez l'espoir d'en avoir une. La différence n'apparaît que le jour où ça compte, et ce jour-là il est trop tard pour la découvrir.
Les causes d'arrêt silencieux sont banales : un disque externe débranché par mégarde, un abonnement de stockage arrivé à expiration, un mot de passe changé que le logiciel de sauvegarde n'a plus, un disque plein. Aucune de ces situations ne déclenche d'alerte visible.
Les trois vérifications, dix minutes
1. La date du fichier le plus récent. Ouvrez votre support de sauvegarde et triez par date de modification. Si le fichier le plus récent remonte à plus d'une semaine, votre sauvegarde ne tourne plus. C'est la vérification la plus simple, et celle qui révèle le plus de problèmes.
2. La copie hors du bâtiment. Un disque externe posé à côté de l'ordinateur protège d'une panne de disque. Il ne protège ni d'un vol, ni d'un dégât d'eau, ni d'un rançongiciel qui chiffre tout ce qui est branché au moment de l'infection. Il faut une seconde copie ailleurs : un autre lieu physique, ou un hébergement distant.
3. Le test de restauration. Choisissez trois fichiers au hasard, dont un créé récemment et un vieux de plusieurs années. Restaurez-les dans un dossier séparé. Ouvrez-les. S'ils s'ouvrent correctement, votre sauvegarde vous protège. Sinon, vous venez de l'apprendre un jour où ça ne coûte rien.
La règle des trois copies
La règle de référence tient en trois chiffres : trois copies de vos données, sur deux supports de nature différente, dont une hors du bâtiment. Pour un bureau de trois personnes, cela donne concrètement : les fichiers de travail sur les postes, une copie sur un disque ou un serveur local, une copie chez un hébergeur.
Ce n'est pas une exigence de grande entreprise. C'est le minimum pour qu'une seule mauvaise journée ne fasse pas disparaître dix ans de dossiers.
Ce qui compte le plus n'est pas la copie
La vraie question n'est pas « est-ce que mes données sont copiées », mais « combien de temps me faudrait-il pour retravailler normalement ». Une sauvegarde parfaite dont la restauration prend quatre jours reste un problème pour un bureau de trois personnes.
Cela veut dire savoir à l'avance où sont les fichiers, quels logiciels doivent être réinstallés, où sont les licences et les accès. Ces informations valent souvent autant que les données elles-mêmes, et elles ne sont presque jamais écrites nulle part. Le sujet rejoint directement celui des accès et licences à recenser.
À quelle fréquence vérifier
Une fois par trimestre suffit pour une petite structure. Ce n'est pas long, mais il faut que quelqu'un s'en charge réellement et note le résultat par écrit — sinon la vérification devient elle aussi quelque chose qu'on croit faire.